Websourd : 6 questions à François Hollande

Websourd : Actuellement, les débats télévisés sont sous-titrés en direct, mais les sous titres se révèlent souvent incomplets et asynchrones. Les téléspectateurs sourds ne peuvent suivre réellement les échanges lors des débats politiques, alors qu’ils possèdent une carte électorale.
Prévoyez-vous la mise en place d’un média opérationnel qui tienne compte de la spécificité des publics sourds et malentendants ?

François Hollande : On m’a fait part de ces difficultés depuis le début de la campagne, en effet. Je crois notamment que l’émission Des Paroles et des Actes n’était pas facile à suivre pour les personnes sourdes et malentendantes. C’est regrettable. En ce qui me concerne, j’ai affirmé ma volonté que toutes les personnes en situation de handicap participent pleinement à la vie de la cité, pendant comme en-dehors des périodes électorales. Je me suis engagé à rendre ma campagne à l’élection présidentielle accessible aux personnes sourdes et malentendantes, et je suis l’un des seuls à tenir ses engagements en la matière. Mes grands meetings sont systématiquement traduits en langue des signes (LSF) et sous-titrés avec la vélotypie, ce qui permet aux personnes de lire en temps réel et non pas de façon décalée. Si je suis élu président de la République, j’agirai dans le même état d’esprit, pour que le handicap ne soit pas un problème dans la vie et que chacun puisse trouver sa place dans la société en étant pleinement lui-même. Tous les projets de loi comporteront un volet handicap. Il faudra oeuvrer pour faire en sorte que les médias, comme les autres secteurs, soient être accessibles aux personnes sourdes et malentendantes.

(vidéo à venir) Websourd : Il y a aujourd’hui, 4 millions de personnes atteintes de surdité, il naît un enfant sourd sur mille par an. Or l’Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langues des Signes ne compte, environ que 350 adhérents. Ces interprètes, en nombre si ridiculement faible, ne peuvent répondre à toutes les attentes et aux besoins de la communauté sourde et malentendante. Pouvez-vous expliquer les raisons de ce déséquilibre ? Et que proposeriez-vous si vous étiez élu président ?

François Hollande : Je connais ces chiffres et j’ai déjà eu l’occasion de dire que la France devait de manière urgente rattraper son retard en matière d’interprétariat et de traduction en Langue des Signes. Le sociologue François Dubet écrivait il y a quelques années qu’en France, on panse les plaies de l’inégalité plutôt que de penser une société plus égalitaire. Même si elle ne fait pas référence au handicap, cette phrase m’a marqué. Elle est caractéristique des progrès que nous devons accomplir pour qu’il soit naturel, en France, d’avoir des traducteurs en Langue des Signes à chaque fois que possible. Par ailleurs, le fait que la sensibilisation au handicap soit insuffisante dans notre pays ne favorise pas l’émergence de professionnels formés, notamment, à la Langue des Signes. Cette sensibilisation passe notamment par l’école et par la formation des enseignants. Pour favoriser la scolarisation des enfants et des adolescents sourds et malentendants, je créerai des postes d’assistants de vie scolaire parmi les 60 000 postes annoncés à l’Education nationale. Ces assistants bénéficieront d’une meilleure formation et d’un statut moins précaire, et certains pourraient être spécialisés en Langue des signes.

Websourd : Depuis que le Conseil Constitutionnel a rejeté l’amendement sur le dépistage précoce des troubles de l’audition (le 15 décembre 2011), la communauté sourde se sent vraiment soulagée. Etes-vous surpris de leur réaction ? Et qu’en pensez-vous ?

François Hollande :Je comprends la réaction de la communauté sourde, qui s’est sentie niée. Ce qui est important, c’est de pouvoir accompagner les parents lorsqu’ils apprennent la surdité de leur enfant. Je suis favorable à un dépistage des troubles de l’audition en bas âge, afin de permettre un accompagnement dès le plus jeune âge, visant notamment à ne pas entraver la scolarité et les relations au monde extérieur des enfants. C’est aussi un enjeu de justice sociale et de réduction des inégalités sociales de santé. Pour cela, le rôle de la médecine scolaire est essentiel, je souhaite qu’elle soit renforcée et revalorisée. Le dépistage des troubles de l’audition doit également s’effectuer en coordination avec les services spécialisés de prise en charge des enfants et les protections maternelles et infantiles afin de permettre un meilleur accompagnement des familles.

Websourd : Depuis 1991, un décret promulgué par Laurent Fabius, permet aux parents de choisir entre l’éducation en langue française écrite /langue des Signes ou langue française écrite/langue Orale. Actuellement il y a seulement une dizaine d’écoles qui prônent le Français écrit/LSF. Seulement 4% des étudiants sourds et malentendants accèdent aux études supérieures (source UNISDA, Union National pour l’insertion social du déficient auditif) car les frais d’interprètes ne sont pas suffisamment pris en charge. Pouvez-vous analyser cet échec ? Avez-vous des propositions pour protéger et valoriser la Langue des Signes ?

François Hollande :Le personnel éducatif n’est pas suffisamment formé au handicap, et notamment à la surdité. Cela nuit à l’intégration des personnes sourdes et malentendantes et ne permet pas toujours un accompagnement adapté des enfants. Et comme vous le souligniez dans votre question précédente, le faible nombre d’interprètes accroît les difficultés pour y accéder. Il existe désormais un CAPES en langue des signes. En plus de la qualification, il faudra donc veiller à ce que le nombre d’enseignants soit suffisant. En parallèle, je me suis engagé à ce que l’ensemble des personnels éducatifs soient sensibilisés au handicap dans leur formation : les enseignants, mais également les AVS. Certains pourront se spécialiser dans l’apprentissage de la LSF. Je souhaite également qu’il y ait davantage d’étudiants en situation de handicap dans l’enseignement supérieur. Avec l’ensemble de ces mesures, progressivement, nous parviendrons à améliorer la situation.

Websourd : L’accessibilité téléphonique fait l’objet d’une mobilisation et d’une attente forte. Quelles sont vos propositions ?

François Hollande :Je sais que l’accès au matériel visiophonique représente un coût pour les personnes sourdes et malentendantes. L’agence de l’accessibilité que je souhaite créer aura pour mission de veiller au développement de l’accessibilité dans tous les domaines, à ce titre, elle pourra veiller à ce que des progrès soient faits dans ce secteur.

Websourd : Le montant de l’Allocation aux Adultes Handicapés s’élève à 743,62 €.Selon vous, pourquoi les sourds et malentendants ont-ils besoin de l’AAH ?

François Hollande :Les personnes sourdes ou malentendantes ont des difficultés à occuper certains emplois. Il est donc légitime que les personnes sourdes ou malentendantes puisse bénéficier, sous condition de ressources, d’un soutien financier du fait qu’elles rencontrent des difficultés d’accès à l’emploi. C’est d’ailleurs pour favoriser cet accès à l’emploi que je souhaite renforcer les sanctions envers les employeurs, privés comme publics, qui ne respectent pas le taux obligatoire de 6% d’emploi de personnes en situation de handicap.

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