Websourd : 6 questions à Nicolas Dupont Aignan

Websourd : Prévoyez-vous la mise en place d’un média opérationnel qui tienne compte de la spécificité des publics sourds et malentendants ?

Nicolas Dupont-Aignan : Le service public doit réellement prendre en compte le public spécifique et doit avoir l’obligation de doubler l’intégralité des programmes. Pour les questions spécifiques du direct, je pense que les moyens techniques actuels doivent permettre d’arriver à proposer un doublage de qualité afin que les téléspectateurs sourds puissent suivre. La technique du « léger différé » peut être envisageable.

Websourd : Il y a aujourd’hui, 4 millions de personnes atteintes de surdité, il nait un enfant sourd sur mille par an. Or l’Association Française des Interprètes et Traducteurs en Langues des Signes ne compte, environ que 350 adhérents. Ces interprètes, en nombre si ridiculement faible, ne peuvent répondre à toutes les attentes et aux besoins de la communauté sourde et malentendante. Pouvez-vous expliquer les raisons de ce déséquilibre ? Et que proposeriez-vous si vous étiez élu président ?

NDA : Cette question est importante et l’Etat doit s’engager dans un plan de formation afin de développer les compétences dans ce domaine mais également de faciliter au niveau financier l’utilisation des interprètes et des traducteurs.

Websourd : Depuis que le Conseil Constitutionnel a rejeté l’amendement sur le dépistage précoce des troubles de l’audition (le 15 décembre 2011), la communauté sourde se sent vraiment soulagée. Etes-vous surpris de leur réaction ? Et qu’en pensez-vous ?

NDA : La décision du Conseil Constitutionnel a été une très bonne décision, je la soutiens.

Websourd : Depuis 1991, un décret promulgué par Laurent Fabius, permet aux parents de choisir entre l’éducation en langue française écrite /langue des Signes ou langue française écrite/langue Orale. Actuellement il y a seulement une dizaine d’écoles qui prônent le Français écrit/LSF. Seulement 4% des étudiants sourds et malentendants accèdent aux études supérieures (source UNISDA, Union National pour l’insertion social du déficient auditif) car les frais d’interprètes ne sont pas suffisamment pris en charge. Pouvez-vous analyser cet échec ? Avez-vous des propositions pour protéger et valoriser la Langue des Signes ?

NDA : Cette situation est totalement inacceptable. De la même manière que l’Etat s’engage pour la scolarisation des enfants handicapés nous devons mettre en place un plan de scolarisation complet incluant l’apprentissage de la langue des signes ainsi que la prise en charge des frais d’interprètes pour tous les enfants sourds. En 10 ans, je suis persuadé que nous pouvons, avec le soutien de tous les acteurs, mettre fin à cette situation totalement discriminante et faire réellement progresser le sujet.

Websourd : L’accessibilité téléphonique fait l’objet d’une mobilisation et d’une attente forte. Quelles sont vos propositions ?

NDA : L’accessibilité téléphonique est une question fondamentale et les évolutions technologiques doivent permettre de trouver des solutions techniques adaptées afin de répondre à la demande très forte. Encore faut-il y mettre les moyens ! L’Etat se doit d’investir dans la recherche afin de développer la solution technique qui convienne aux personnes sourdes dont cela facilitera grandement la vie.

Websourd : Le montant de l’Allocation aux Adultes Handicapés s’élève à 743,62 €. Selon vous, pourquoi les sourds et malentendants ont-ils besoin de l’AAH ?

NDA : Cette solidarité de l’Etat ne doit pas être vue comme de l’assistanat car je crois que les sourds et malentendants n’ont pas du tout besoin de cela. Cette allocation, dont doivent disposer les sourds et malentendants, sert à couvrir une partie des surcoûts qu’engendre leur situation.

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